Pochette de l'album Chandra de Josky Kiambukuta

RDC : Josky Kiambukuta, vie et disparition d’un chanteur de renom

Pochette de l'album Chandra de Josky Kiambukuta
Par MYA

dim 07/03/2021 - 16:35

Joseph Kiambukuta Londa dit Josky est décédé dimanche 7 mars 2021 à la clinique Ngaliema de Kinshasa à l'âge de 72 ans. Son état de santé avait décliné ces dernières années après un accident vasculaire cérébral dont il a eu du mal à se remettre. Admis aux urgences, puis aux soins intensifs depuis mercredi dernier, Josky Kiambuta a rendu l’âme dimanche matin des suites des complications cardio-vasculaires.

Djo Sex s’en allé. L’une des plus belles voix de la musique congolaise moderne demeurera cependant éternelle à travers ses œuvres : Baby, Chandra ou encore Maby, des tubes qui auront marqué la musique congolaise dans les années 90. Le chanteur était autant à l'aise dans les notes aussi bien aiguës que graves dans ses prestations. 

Alors qu’il est encore aux études dans les années 60, Josky Kiambukuta s’essaie à la guitare. Comme beaucoup de jeunes de l’époque, il griffonne des textes des chansons à ses heures libres. La guitare va vite se révélait pour lui un défi insurmontable. Josky s’accroche à la chanson. Avec ses copains du quartier Citas, dans l’actuelle commune de Barumbu, il crée African Star, un groupe musical amateur qui bénéficie alors du soutien financier et logistique d’Alexis Bombito, un fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères.

C’est à cette époque qu’il rencontre pour la toute première fois Simaro Lutumba. Ce dernier qui évolue déjà aux côté du grand-maître Luambo Makiadi, encourage le jeune Josky à persévérer s’il tient à embrasser la carrière musicale. Mais il n’intègre pas l’Ok Jazz en ce moment-là.

African Fiesta Sukisa

Josky Kiambukuta commence véritablement sa carrière de chanteur professionnel au sein du groupe African Fiesta Sukisa de Dr Nico Kasanda. En 1963, l’African Jazz de Grand Kallé se dissout. Rochereau Tabu Ley et le guitariste Nico Kasanda s’en vont créer l’African Fiesta. Dans un univers dominé par des guerres de leadership sans fin, l’African Fiesta se disloque deux ans après sa création. Tabu Ley rebaptise son groupe African Fiesta National, et Dr Nico crée l’African Fiesta Sukisa.

Comme dans toute scission des grands groupes, c’est l’occasion pour des jeunes artistes de faire leurs premiers pas. Josky intègre alors African Fiesta Sukisa où il partage la même scène avec des artistes comme Chantal Kazadi, Lassan, Sangana, Bopol Mansiamina ou encore Dominique Dionga.

L’aventure de Josky dans African Fiesta Sukisa s’arrête en 1969. « J’étais perçu comme un rebelle, un contestataire, un agitateur au sein du groupe », révélait l’artiste en octobre 2018 dans une interview sur la chaîne YouTube Sekele TV. C’est l’époque où les artistes avaient tous les devoirs et presque aucun droit face à des chefs des groupes musicaux autoritaires.

Orchestre Continental

Kiambukuta ne va pas tarder à reprendre du service. Son ami Bopol Mansiamina le sollicite pour qu’il crée un groupe. Josky hésite. Mansiamina insiste. Finalement convaincu, il rejoint son ami. Avec d’autres noms déjà connus de la scène musicale comme Wuta Mayi ou Tinon, ils créent L’Orchestre Continental. Ngombe Baseco dit Me Taureau est le mécène du groupe qui voit le jour en 1970. Il achète les instruments de musique et dote le groupe d’un espace de répétitions dans le quartier Yolo-Sud, commune de Kalamu, à Kinshasa.

C’est dans L’Orchestre Continental que Josky est surnommé Djo sex, dérivé de Sec Sum, une dance à succès du groupe.

Après une tournée au Congo Brazzaville, des frictions apparaissent entre les membres de Continental. Josky est pointé du doigt comme l’un des instigateurs du conflit. Suspendu du groupe, il claque la porte. Et s’en va ouvrir une autre. Celle de l’Ok Jazz.

Ok Jazz

Le recrutement de Josky au sein du TP Ok Jazz se fait sans trop de peine. Simaro Lutumba qu’il avait rencontré quelques années plus tôt va lui mettre les pieds dans l’étrier. C’est lui qui va l’aider à s’imprégner effectivement du style Odemba de l’Ok Jazz et à se démarquer de l’école African Fiesta d’où il venait.

Fin 72, lorsque Josky arrive dans Ok Jazz, il y trouve sur la ligne de chant, des pointures hautement au-dessus de la moyenne, comme Sam Mangwana, Djo Mpoyi ou encore Dalienst Ntesa. Mais Josky n’est pas effrayé par la concurrence.

 

« Dans Ok Jazz, il y avait de la place pour tout bon artiste. Franco tenait à réunir autour de lui les meilleurs artistes. Lorsque je suis arrivé dans le groupe, il arrivait à Franco de séjourner en Europe pour un trimestre, voire plus. L’orchestre continuait à se produire normalement. Et contrairement à d’autres leaders, il était tout heureux d’apprendre que même en son absence le TP Ok Jazz réalisait des belles performances. Je savais donc que je pouvais bien trouver ma place dans ce groupe », déclarait Josky en 2018.

Non seulement qu’il trouva sa place au sein du TP Ok Jazz, mais il évolua dans cet orchestre plus de deux décennies. En 1989, Franco Luambo Makiadi meurt. 5 ans plus tard, Josky fonde Bana Ok avec Simaro Lutumba et l'essentiel des musiciens du TP Ok Jazz. A l'origine de la création de ce nouveau groupe, une brouille entre le célèbre guitariste qui avait repris le flambeau du TP Ok Jazz et les héritiers de Franco. Ces derniers vont licencier Simaro Lutumba de l'Ok Jazz. La majorité de musiciens va rallier Josky et Simaro dans Bana Ok.

En 2003, Josky Kiambukuta s’envole pour la France. Il tente de relancer sa carrière en solo et produit plus d’un album. Mais la réussite n’est pas vraiment au rendez-vous. Elle est déjà restée loin derrière.

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