A Kinshasa, les vacances ne sont pas les mêmes pour tous les enfants

Par Glody Pinganayi

jeu 04/07/2019 - 17:26

Le 2 juillet, biso tembe na foire, Fikin. Les anciens se souviennent de ces paroles de la célèbre chansonnette qui annonçait les vacances scolaires. Le 2 juillet de chaque année, s’ouvrait la Foire internationale de Kinshasa (Fikin) où étaient exposés les produits commerçables de plusieurs pays. Et où les enfants pouvaient profiter des manèges et toutes sortes des jeux fonctionnant à l’énergie électrique. Ce temps est loin derrière. Les jeux et les vacances ont pris un autre visage à Kinshasa.

En 1991, le tissu économique de la RDC déjà délabré prenait un coup fatal. La population suivant un mouvement initié par des soldats impayés et en colère démantelait le peu d’industries existantes au cours des scènes de pillage généralisé. La Fikin n’était épargnée. Depuis lors, le 2 juillet plus aucun enfant ne prenait le pari à la Fikin (Tembe na foire). Des années plus tard, des initiatives privées vont se multiplier pour créer des aires des jeux pour enfants. Et combler tant soit peu le vide laissé par la Fikin. 

Mafraland est l’une de ces aires de jeux prisées par les enfants. Située sur l'avenue de la Libération (ex- 24 Novembre) dans l'enceinte du collège Boboto, en plein quartier de la Gombe, l’espace attire davantage les enfants dont les parents peuvent être considérés comme faisant partie de la « classe moyenne » en RDC.

Le 1er juillet déjà, l’affluence des vacanciers est perceptible. Trampoline pour des sauts à haute altitude, balançoires, toboggan, tout semble plaire aux enfants. Pour d’autres, le temps est plutôt venu pour l’apprentissage de la nage. Cris de joie et parfois de pleurs fusent de partout.

Un peu plus loin un groupe d’enfants s'adonne aux jeux électroniques virtuels. Les enfants manipulent tout, difficile pour celui qui est sur un engin de laisser sa place aux autres. Pour les parents et accompagnateurs présents, les arbitrages sont loin d’être faciles. L’attention va vite se cristalliser sur Joël, 7 ans, tout en pleurs pour n’avoir pas réussi à marquer son panier au basket-ball. Ses amis lui couvrent alors de leurs moqueries.

« J'ai emmené mes enfants ici parce qu'ils ont tous réussi à l'école, c'était une promesse. Ça nous coûte un peu cher mais cela vaut la peine pour la détente des enfants », explique une jeune dame qui accompagne ses trois enfants.
Un enfant a accès à divers jeux moyennant 5 dollars (huit mille francs congolais). Pour les jeux électroniques, l'achat des pièces se négocie à partir de cinq cents francs congolais.

Selon les responsables du site, Mafraland a la capacité d’accueillir plus des cent enfants.

A Winning game, les jeux électroniques règnent en maîtres

Située au sein du Premier Shopping Mall, toujours à la Gombe, la salle de jeux accueille enfants et adultes. Contrairement à Mafraland, elle ne propose que des jeux électroniques. Déjà à l'entrée, chaque enfant qui arrive lâche la main de l'adulte qui l'y emmène et s'accroche au jeu de son choix sans payer. 

Ici, tout fonctionne avec des pièces qu’on achète à partir de cinq dollars (huit mille francs congolais). Avec ces pièces qui déterminent les minutes, l’enfant peut jouer à tout. Archie, 11 ans, est accompagné par ses parents. Pour une première fois, il se retrouve devant les jeux qui lui sont étrangers. Il choisit de monter sur la moto en premier, son papa glisse une pièce pour faire fonctionner l’engin. Archie a visiblement peur, parce que la moto réagit aux mouvements de son corps et le persuade qu’il va tomber. Ses parents à côté le rassurent. Il finit par comprendre le sens du jeu et y reste plus longtemps.

Assis sur des chaises en cuir confortables, trois adolescents se livrent à une course virtuelle de motos. Aucun de ce joueur ne semble se lasser.

Pas les mêmes privilèges

De la commune huppée de la Gombe à celle de Selembao, beaucoup moins favorisée, le fossé est abyssal. Selembao ne dispose pas d'aires aménagées pour enfants. Ici, la place est laissée à l’imagination des enfants eux-mêmes qui prennent leur propre initiative.

Sur l’avenue Birmanie, une dizaine de jeunes âgés de 11 à 14 ans, jouent au foot. Tous portent des faux maillots de prestigieux clubs européens floqués aux noms des stars du ballon rond comme Ronaldo ou Messi. Le maillot le plus représenté ici est celui du Barça. 

Rachidie, 12 ans, est reconnu par ses pairs comme le meilleur joueur du groupe. Il jure n'avoir jamais foulé un parc d'enfants. "Je n'ai jamais foulé de mes pieds un parc pour enfants, je ne sais pas à quoi ça ressemble. J'entends  parler de la Fikin. Papa me dit qu’il n’a pas l’argent pour m’y emmener", affirme-t-il dans un sourire.

Rachidie ignore que la Fikin n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle est surtout devenue une constellation de bars où les adultes boivent à l'envi au cours de la kermesse annuelle de juillet-août.

Au quartier Masisi dans la commune de Ngaliema, Raphaël, 9 ans, joue avec un pneu qu'il a ramassé dans un garage. Il passe une demi-heure avec avant d’être rejoint par un copain. Tous les deux vont se concerter pour jouer à un jeu. Il consiste à lancer avec vitesse le pneu vers l'autre et le sauter de toutes les manières sans être touché au risque de perdre des points. Loin des parcs installés dans des quartiers huppés de Kinshasa, Raphaël et son copain inventent leurs jeux. Et leur bonheur en même temps. 

"Nos vacances on les passe ici chaque année. Si l'on ne joue pas au football, on joue à cache-cache", avoue-t-il un peu gêné.

Claudine Nzeza, sa maman, l’élève toute seule. Elle est Vendeuse des légumes et épices au marché de Matadi Kibala pour subvenir aux besoins de son rejeton. Ce qu’elle gagne suffit à peine pour la nourriture et la scolarité de son fils. Il lui arrive même de manquer de quoi payer ses soins médicaux. Pour elle, payer pour les jeux est un luxe qu’elle ne peut pas s’offrir. Ni le faire pour son fils. « D’ailleurs, mes parents n’ont jamais payé pour que je joue. Je ne vois vraiment pas pourquoi je le ferai moi », tranche-t-elle.

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